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Les enjeux d'environnement à l'École polytechnique

Claude HENRY, professeur d'économie publique à l'École polytechnique, directeur de recherche au CNRS

En moins de dix ans, grâce à l'imagination et la détermination de pionniers tels que le mathématicien Michel Métivier, les physiciens Jean-Louis Basdevant et Yves Quéré, le biologiste Sylvain Blanquet, l'enseignement à l'École polytechnique a profondément évolué.

L'uniformité a fait place à une diversité organisée ; l'enseignement reste pluridisciplinaire, "polytechnique" donc, mais pas de la même manière pour tous les élèves ; ceux-ci peuvent faire valoir leurs préférences, assumer la responsabilité de choix qui leur sont personnels, avec une dose suffisante de cohérence mais sans spécialisation prématurée.

Pas d'immobilisme dans l'enseignement à l'École polytechnique

Un socle commun, pendant les premiers mois à l'École, met les élèves en contact avec ce grand absent des classes préparatoires, le calcul des probabilités, et avec les deux représentations scientifiques les plus marquantes du xxe siècle, la mécanique quantique et la biologie moléculaire. Il comprend aussi une initiation aux méthodes de l'analyse économique, appliquées à l'organisation des marchés, aux déterminants de l'emploi et de la croissance, à la gestion de la monnaie...


Ensuite, c'est-à-dire à peu près au milieu de la première année d'études, un premier choix essentiel est offert aux élèves, entre ce qui, dans le jargon de l'École, est qualifié de voies : deux voies d'orientation plus expérimentale, l'une à dominante biologie-chimie, l'autre à dominante physique-mécanique ; et deux voies d'orientation plus théorique, l'une à dominante mathématiques-physique, l'autre à dominante mathématiques-économie (par exactement les mêmes mathématiques bien entendu).


La deuxième année d'études élargit considérablement l'éventail des choix. Premier trimestre, première majeure, avec une discipline (au maximum deux) clairement dominante. Deuxième trimestre, deuxième majeure, fortement pluridisciplinaire et appliquée. Troisième trimestre, "option scientifique" dans le cadre d'un stage dans un laboratoire de recherche ou une entreprise. À chaque étape, liberté de choix ­ aucune trajectoire n'est imposée, aucune n'est interdite ­ mais encouragement à la cohérence des parcours.

Une chance pour des enseignements centrés sur des enjeux d'environnement


Sans cette ouverture, qui aux yeux de certains "fait un peu désordre", mais qui a eu l'immense mérite d'inciter à un complet renouvellement des enseignements, et le mérite non moins grand de mettre enfin les élèves en situation de prendre eux-mêmes les décisions qui les concernent, il n'y aurait jamais eu à l'École d'enseignement centré sur des enjeux d'environnement. Il y a maintenant deux majeures pluridisciplinaires, qui ont cette orientation, et qui attirent ensemble environ 80 élèves.

L'une, dite "Écosciences", regroupe les départements de biologie, de chimie, de mathématiques appliquées et d'économie. Centrée sur la biologie des populations et des écosystèmes, la biodiversité et le développement durable, elle exige des élèves à la fois de l'agilité conceptuelle et mathématique, et de l'habileté expérimentale. Elle n'a guère d'analogue dans d'autres établissements d'enseignement.

La seconde majeure à orientation environnementale, dite "La planète terre", n'est pas de moindre niveau théorique et expérimental. Elle est à dominante physique, mécanique et géologique. Bien qu'elle ne comprenne pas formellement d'analyse économique, les enjeux dont elle traite (équilibre énergétique de l'atmosphère, dynamique des océans, changements climatiques) ne sont pas moins significatifs que ceux rencontrés dans "Écosciences".

C'est autour d'enjeux d'une telle dimension, et en mobilisant de manière soigneusement adaptée les disciplines qui sont susceptibles de les éclairer, qu'une ambition "polytechnique" peut avoir un sens en cette fin du XXè siècle.

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